Le Tau

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LE TAU DANS LA TRADITION FRANCISCAINE

Source: Bulletin du CIOFS, 1997, N. 2

La culture hébraïque, comme beaucoup d’autres cultures anciennes, a progressivement élaboré une mystique, une interprétation spirituelle de chaque lettre de son alphabet.

Comme l’écriture hébraïque, et donc l’alphabet hébreu, ne fut en fait codifiée que près de deux siècles après la naissance du Christ, beaucoup de lettres furent dessinées de diverses façons suivant l’époque et la région où vivait une population juive, que ce soit en Israël ou hors d’Israël dans la diaspora, généralement dans le monde de langue grecque.

Dans sa symbolique, la dernière lettre de l’alphabet hébreu, celle qui nous intéresse, signifiait « -fin, accomplissement de la révélation du Verbe de Dieu-« . Cette lettre était appelée le Tau (ou Taw), se prononçant « -tav- » en hébreu, qui pouvait s’écrire : /, X, +, T. Lorsque le prophète Ezéchiel (9:4) utilise ce symbole de la dernière lettre de l’alphabet, c’est pour inciter le peuple d’Israël à rester fidèle à Dieu jusqu’à la fin, à être reconnu comme symboliquement « -marqué- » au front de ce Tau qui le distingue comme peuple choisi par Dieu jusqu’à la fin de leur vie. Ceux qui restèrent fidèle furent appelés le restant d’Israël, souvent des pauvres et des simples qui avaient confiance en Dieu si même ils ne comprenaient pas le sens de leurs tribulations du moment.

Bien qu’en hébreu moderne la dernière lettre (/) ne soit plus en forme de croix comme dans les variantes anciennes, les premiers écrivains chrétiens commentant la Bible ont utilisé la version grecque de celle-ci, dite « -des Septante-« . Et dans cette traduction des écritures hébraïques (que nous appelons « -Ancien Testament-« )le Tau s’écrivait comme un T.

Bien naturellement alors, le T devint pour les chrétiens la représentation de la croix du Christ, marquant l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament. La croix, préfigurée par la dernière lettre de l’alphabet hébreu, représentait le moyen par lequel le Christ annula la désobéissance du vieil Adam et devint notre Sauveur, notre « -Nouvel Adam-« .

Au Moyen-Age, la communauté religieuse de saint Antoine Ermite, (les Antonins), une communauté que saint François connaissait bien, se consacrait particulièrement aux soins aux lépreux. Les Antonins portaient en amulette la croix du Christ en forme du T grec, comme protection contre le fléau ainsi que contre d’autres maladies de la peau. Il est probable que, dans les premières années de sa conversion, François ait travaillé avec ces religieux dans la région d’Assise et souvent été l’hôte de leur hospice proche de Saint Jean de Latran à Rome. Au moment-clé de sa conversion, François parle fréquemment de la rencontre du Christ sous forme d’un lépreux. Il est donc normal qu’il ait par la suite adopté comme son propre sceau ou signature, un T associant l’ancien symbolisme de la fidélité de toute une vie à la passion du Christ et le commandement de servir les plus petits, les lépreux de son époque.

Et, marquant encore plus nettement la symbolique du Tau, saint François put en 1215 entendre le Pape Innocent III appeler à une grande réforme de l’Eglise catholique romaine en ouvrant le Quatrième Concile de Latran par la même exhortation qu’Ezéchiel dans l’Ancien Testament: « -Nous sommes appelés à réformer nos vies, à nous tenir en présence de Dieu comme un peuple juste. Dieu nous reconnaîtra par le signe du Tau, marqué sur nos fronts.- » Cette symbolique, utilisée par ce même pape qui avait remis un Bref à la nouvelle communauté de François cinq ans plus tôt, fut immédiatement reconnue par lui comme un appel personnel à se réformer. Les bras largement ouverts, François dit souvent à ses frères que leur habit religieux avait la forme du tau, T, marquant leur appel à être « -des crucifix vivants-« , images d’un Dieu compatissant et exemples de fidélité jusqu’au jour de leur mort.

Aujourd’hui, les disciples de François, laïques ou religieux, portent la croix Tau comme le signe visible, comme le sceau de leur engagement, le rappel de la victoire du Christ sur le mal par l’abnégation quotidienne dans l’amour. Le signe de contradiction est devenu signe d’espoir, témoignage de fidélité jusqu’à la fin de nos vies. Lire la suite

Prière

Bénis, Seigneur ce TAU. Bénis celui/celle qui le portera en signe de salut et de liberté intérieure, en invoquant ton Nom très saint, par l’intercession de ton serviteur François. Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.
Prions Dieu tout-puissant, éternel, juste et bon, accorde-nous de faire, par ta grâce, ce que nous savons que tu veux et de vouloir toujours ce qui te plaît, afin qu’intérieurement purifiés, intérieurement illuminés et embrasés par le feu de l’Esprit-Saint, nous puissions suivre les traces de ton Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, et par ta seule grâce, parvenir jusqu’à toi Dieu Très-Haut, qui vis et règnes et reçois toute gloire, dans les siècles des siècles.